Poursuivre Son rêve
L'histoire a des airs de déjà entendu. Un groupe d'amis musiciens font le pacte de se soutenir mutuellement dans leur quête de succès. Malgré le cynisme ambiant, ce rêve, chez Still My Queen, est bien vivant. Qu'importe les fins de mois difficiles et les croûtes à manger, le quintette pop-punk de Québec a choisi de tout miser sur son premier CD, Make It Happen..., un album sous forme de promesse qui les place dans la même constellation sonore que les All-American Rejects, Fall Out Boy et Simple Plan.
Trois ans se sont écoulés depuis la fondation de Still My Queen, formation prometteuse de Québec qui lance son premier opus ce soir, 19 h, à L'Anti. À l'époque, les cinq musiciens, alors membres de diverses formations de la capitale, fréquentaient les mêmes locaux de répétition.
« C'est comme ça qu'on s'est connus, “Dick” et moi, explique le guitariste Stéphane Valois au sujet du chanteur Guillaume Boivin. Dans ce temps-là, on était plus motivés que les gens avec qui on jouait. On voulait de quoi de solide. On s'est donné comme but de trouver des gars qui avaient les mêmes ambitions que nous. (...) On avait un rêve. Et à cause de ça, on a été un peu la risée de la scène... », a-t-il laissé entendre.
Mais il en aurait fallu plus pour ébranler la confiance du duo qui, loin de se laisser décourager, a entrepris une campagne de recrutement à l'intérieur de son cercle de connaissances. En moins de deux, le batteur Jean-Patrick « Jay-P » Rusk et le guitariste Pierre-Luc « Pluke » Thibault se sont joints à l'aventure. Ne restait qu'à trouver un bassiste aussi talentueux que passionné et le compte serait complet. Après une première tentative infructueuse, le groupe s'est finalement tourné vers Simon Dorval.
« Simon était un client au HMV où je travaille, de raconter Guillaume. C'était aussi un roadie qu'on croisait à l'occasion. En plus, on s'entendait mieux avec lui qu'avec notre autre bassiste ! »
Les cinq musiciens ont scellé leur alliance après avoir composé une première chanson intitulée Still My Queen, un titre accrocheur qui est devenu, à partir de ce jour, le nom de leur formation. Depuis, le groupe partage ses activités entre la scène, où il a pu se faire les dents dans les salles du Québec et de l'Ontario ou lors de différents concours et événements comme le 2nd Skin Rock Contest, l'Exofest et le Xtreme Summerfest, et la composition, qui a mené à la sortie d'un mini-album il y a un peu moins de deux ans et du récent Make It Happen... paru sur étiquette New Horizon (Local Distribution).
Gros investissement
Sur ce premier disque, plusieurs talents locaux, des complices pour la plupart, comme le guitariste de Surcharge, Louis « Fire Lewis » Mercier, à la prise de son, ou encore Jessy Baron (GFK), Olivier Maguire (Fifth Hour Hero), Mathieu Guilbault (Fifth Hour Hero) et Samuel Paquin (Each on Set) aux voix, Pierre Arrien (Drop le top) aux claviers, Joline Nolet au violon, et Patrick Aubé, dit « le démon blond », au graphisme, ont été mis à contribution.
Déterminé à donner un aspect le plus professionnel possible au produit, le groupe n'a pas non plus hésité à faire appel à l'expertise du réputé technicien new-yorkais Alan Douches (Thrice, Saves the Day, Brand New, Fall Out Boy), référé par les copains de Fifth Hour Hero, pour la délicate et, dans ce cas-ci, coûteuse étape du matriçage.
« On a fait un gros investissement », a convenu le sympathique Pluke. « On y a surtout mis du c½ur, a renchéri Stéphane Valois. On a reçu beaucoup de conseils de plusieurs groupes et on les a suivis. En même temps, on a de la volonté et on s'est fixés de gros buts. On les a tous remplis avec ce premier album. »
Il ne faut pas croire pour autant que le premier disque de Still My Queen réinvente la roue. Se tenant loin de la controverse pour ce qui est des textes, la formation se veut également fédératrice sur le plan de la musique, misant d'abord et avant tout sur de solides mélodies « assez simples du point de vue de la guitare, mais plus complexes et énergiques du point de vue de la batterie ».
« On n'est pas un groupe fâché, remarque Simon. Il y a tellement de problèmes dans le monde... Pourquoi on n'essaierait pas d'y échapper ? » demande-t-il. « La musique qu'on fait, c'est ce qui nous accroche avant tout. Même quand on fait autre chose, on y revient tout le temps. Ce n'est pas parce que c'est populaire qu'on fait ça, c'est parce qu'on aime ça. On a toujours été des personnes simples comme ça. Quand on a acheté notre van, on était tellement contents qu'on a passé une semaine dedans ! » d'illustrer de concert la joyeuse bande.
Reste maintenant à utiliser le véhicule. À cet égard, l'album du groupe constituera un outil de séduction privilégié pour le « magasinage » de spectacles. Ne manquera plus aux cinq musiciens qu'un agent de booking sérieux pour les combler. Agent ou non, Still My Queen prendra tout de même la route en février, d'abord au Québec, pour ensuite poursuivre son chemin dans le reste du Canada en mars, et, si les étoiles s'alignent, aux États-Unis plus tard dans l'année.
Rêve à portée de main
À l'instar d'un groupe comme Simple Plan, dont le succès fait l'envie de bien des formations québécoises, le quintette sait que son salut, étant donné ses textes en anglais, passera forcément par l'étranger.
« C'est super dur d'être considéré ici quand t'es un groupe québécois qui chante en anglais. Tous les organismes qui supportent la relève sont contre ça. Ils ne regardent pas la créativité, mais la langue », se relaient pour décrier Jay-P, Dick et Stéphane.
L'intérêt d'un modèle comme celui de Simple Plan, ou des Sainte-Catherines, qui viennent d'être recrutés par la respectée étiquette américaine Fat Wreck Chords, c'est qu'il prouve que, malgré les embûches, le rêve est à portée de main. « Juste de donner une entrevue au SOLEIL, par exemple, c'est tellement de motivation pour nous ! Ça nous dit que c'est vrai ce qui se passe. Ce n'est pas notre chummy qui achète un disque pour nous encourager... » laisse entendre Stéphane Valois qui, en dehors de Still My Queen, travaille dans une école où il lui arrive de rencontrer des élèves portant des t-shirts de son groupe !
En bout de ligne, ce sont des petites choses comme celles-là qui gardent la flamme de Still My Queen bien allumée. Loin d'être défaitistes, les cinq musiciens affichent au contraire une volonté à toute épreuve. Même que c'est la « motivation dans le piton » que le groupe s'apprête à prendre la route et à répandre la bonne nouvelle.
« On a maintenant tous les outils pour faire connaître notre musique. On est entourés du bon monde. Il faut maintenant arriver à faire grandir le projet », croit Dick.
Dans l'esprit des cinq musiciens, à partir de maintenant, la trajectoire est simple : sky is the limit ! « On va tourner en rond si on reste au Québec, estime Pluke. Notre but, c'est d'aller à l'international. À date, on a toujours travaillé pour ce qu'on a. Quand tu veux quelque chose dans la vie... make it happen !
*Ceci a Apparru dans le Soleil Le vendredi 10 février 2006*